Quand j’ai installé ma si nouvelle fille dans son siège d’auto cette nuit-là, je ne me doutais pas de toutes les émotions que je vivrais. En direction pour l’urgence, je me répétais dans ma tête que dans une heure je serais de retour à la maison, rassurée. Juste un virus qui devait l’avoir attaquée. Un virus ramené de la vilaine garderie par son frère ou sa sœur. Un virus que nous avions tous eu, il fallait bien qu’elle l’attrape, elle aussi. C’est la fièvre qui m’a avertie qu’il fallait que j’amène à l’urgence mon mini bébé. On m’avait clairement dit à ma sortie de l’hôpital qu’une température plus haute que 38, c’était l’urgence. J’ai écouté la consigne qui m’avait marquée cette fois plus que les deux autres fois. Il était 2 h du matin, elle avait soif. Quand je l’ai prise dans mes bras, je l’ai trouvé tellement chaude. Le thermomètre à la main, j’ai constaté qu’elle faisait de la fièvre, une forte fièvre. Je me suis donc mise en route pour l’hôpital.

Quand on arrive avec un bébé de 14 jours, on n’attend pas longtemps. On est vite pris en charge. Installées dans une chambre d’observation, on attend mon bébé et moi. Je me dis que c’est juste par précaution, qu’elle n’a rien. Je rencontre la résidente à qui j’explique mon histoire de semaine, mon endométrite, le virus qui est passé à la maison et qui a amené papa lui aussi à l’urgence. Elle part sans dire un mot, me laissant là avec mes pensées. Mon anxiété qui monte. La docteur vient à son tour. Elle m’explique que lorsqu’un petit bébé comme ma poule arrive avec une fièvre sans symptôme apparent, il faut faire des tests. Trois tests en fait : prises de sang, culture d’urine et ponction lombaire. Elle me spécifie que c’est par mesure préventive que c’est surement un virus. Le plancher solide que je m’étais créé en route pour l’hôpital commence à s’effriter et je me sens tranquillement tomber. Je tente de contrôler mes larmes. « Ça va aller » que je me répète sans cesse. J’assiste aux prises de sang et à la culte d’urine, mais je refuse de rester pour la ponction lombaire. J’ai déjà trop entendu mon bébé pleuré. Je fonds en larmes dans le corridor et je me reprends tout de suite. Je dois être forte. La médecin  sort et me rassure en me disant que le liquide est clair. Tout devrait bien aller et ils partent avec le liquide. Il est 5 h du matin. Je m’assois dans la grosse chaise berçante de la chambre pour allaiter mon bébé. J’entends la porte ouvrir, je lève la tête et vois le visage du médecin. « Les résultats sont rentrés, me dit-elle. C’est pas ce qu’on pensait… C’est positif… c’est positif pour la méningite. » Et là, le plancher explose, je tombe. Je fonds en larmes. Mon bébé, mon si petit bébé a la méningite. Ça ne se peut pas, elle est trop petite. On ne peut pas me l’enlever comme ça, parce qu’évidemment dans ma tête méningite rime avec mort. On m’explique ce qui va se passer maintenant, sa prise en charge, son hospitalisation, les antibiotiques qui seront donnés, mais je n’entends plus rien. Je suis en état de choc et la médecin le comprend bien. Je prends mon téléphone, appelle mon chum, lui livre le message et je l’entends lui aussi au bout du fil bouche bée. Il tente de m’encourage, de me réconforter. Je baisse les yeux sur mon bébé qui me regarde l’air de dire « Ça va aller maman » et j’éclate en sanglots. Bien entendu, j’appelle ma mère, j’ai besoin qu’elle me dise que tout va bien aller, comme quand je faisais un cauchemar petite. Y’a juste elle qui peut me le dire pour que j’y croie. Elle aussi est sous le choc. Elle n’arrive pas à me dire les mots que je veux entendre, elle me dit que je suis à la bonne place, qu’ils vont bien prendre soin d’elle. Elle me dit qu’elle s’en vient. Elle va les faire les 5 heures de route, elle sait que j’ai besoin d’elle. L’infirmière de jour arrive. Elle s’occupe de moi comme une maman, s’assure que je mange que je vais bien dans les circonstances. Le médecin de jour passe me voir, il répond à mes questions et se montre ô combien rassurant. Il me conseille de ne pas penser au pire. Une amie vient me rejoindre. Elle me parle de plein de choses ce qui calme mes larmes. Mon bébé et moi sommes admises dans une chambre. Le personnel est gentil, mais j’aimerais tellement être ailleurs. Les premières 24 heures passent. Les résultats préliminaires reviennent négatifs, ça semble être viral. Le meilleur scénario. On m’explique que dans le cas d’une méningite bactérienne, les traitements sont beaucoup plus longs et les séquelles vont du trouble d’apprentissage à la surdité, mais on ne peut rien prédire. Je suis avec mon chum autour du lit de mini et on se croise les doigts pour que tout ça soit viral.

Mon histoire, elle se termine bien. Ma mini a eu une méningite virale, aucune séquelle. Quelle bonne nouvelle. Mais j’avoue que ce moment passé à l’hôpital m’a fait prendre conscience de la chance que j’ai d’avoir des enfants « en santé ». Je vous lève mon chapeau mamans et papas d’enfants qui se battent tous les jours. Et je finis en vous disant de suivre votre instinct. Quand vous croyez qu’il est temps d’aller à l’urgence, foncez, même si c’est pour vous faire dire qu’il n’y a rien.