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Je te trouve banal. Désintéressé. Détaché. Ordinaire. Incurieux. Incu-quoi? Sache mon ami que l’incuriosité, du latin incuriosus, existe pour vrai. Dans le dictionnaire, on parle même d’une indifférence à s’instruire.

Le latin, c’est mort man. Je dirais plus qu’il s’est métamorphosé, dude. Le français, l’italien, l’espagnol, le portugais, tu penses que ça vient d’où? Pis oui, j’ai eu des cours de latin au secondaire, et c’est bien plus tard où j’ai enfin compris que ça allait tellement au-delà de savoir décliner par cœur le « rosa, rosa, rosam … ».

Le dico-quoi? Me lanceras-tu d’un air blasé. Voilà où je veux en venir.

C’est la faute à mon papa. Quand je lui demandais le sens d’un mot, il me répondait inévitablement « Va chercher dans le dictionnaire! ». Il était un inconditionnel des mots croisés, ce n’était donc pas par ignorance qu’il me renvoyait vers ce bouquin volumineux. C’était plutôt pour que je prenne l’habitude de m’y référer automatiquement. Et pour y trouver la réponse par moi-même. Mais j’étais une ado, ça m’énervait tellement! Pourquoi ne pouvait-il pas juste me l’expliquer? Il avait la tête dans le dictionnaire tout le temps anyway.

Crédit : Giphy

Mais à quand remonte la dernière utilisation de ton dictionnaire? Par curiosité, j’ai posé la question à des amis. Les enseignants l’utilisent, les auteurs pas du tout, et encore moins les professionnels de la santé. Aucune zone grise. Noir ou blanc. Certains m’ont même avoué ne pas savoir où leur dictionnaire était rendu!

Je comprends que cette brique n’incite pas à la consultation. Ça pèse lourd sur les genoux, ça se transporte mal, c’est écrit trop petit.

Pis on va se l’avouer, ça se produit parce que les ressources en ligne sont les premières consultées, au détriment du comparse en format papier. Alors que les moteurs de recherche de ce monde dominent et influencent nos habitudes de recherche, on en oublie parfois le bon vieux dictionnaire. Ou le bon vieux livre de recettes. Et parfois même le bon vieux « système D ».

Crédit : Giphy

Il y a de ces gens qui me font penser à ma fille de 6 ans, heureuse graduée de la maternelle. Par leur candeur, mais aussi par leur manque de curiosité. Au-delà du « Qu’est-ce qu’on peut faire comme petite activité maman? » ou «  Qu’est-ce qu’on mange comme collation maman? », il y a des gens qui profitent des réseaux sociaux pour poser une question. Parce que « c’est long et c’est plate » d’avoir à chercher. Ça demande un effort.

Alors que l’on vit dans une société qui valorise le « tout-de-suite-maintenant », la rapidité et l’efficacité au détriment d’une certaine nonchalance et de l’apprentissage juste pour le plaisir. On devient paresseux, on n’a plus besoin de faire de vraies recherches,

juste à demander sur un forum ou dans un groupe Facebook. On sait que quelqu’un quelque part connaît la réponse. Du moins, quelque chose qui permet en partie de répondre à notre question. Ceci étant dit, réponse oui, mais à savoir si elle est exacte ou non, ça reste parfois un grand mystère.

Y’a pas que de mauvais côtés à cette rapidité intellectuelle. Loin de là. Je me demande juste, pour l’avenir de nos enfants, si l’incidence de cet empressement ne leur donnera pas l’excuse parfaite pour rester paresseux. Parce qu’au-delà de la réponse, il reste tout le processus de recherche et d’apprentissage. Et puis je m’interroge. Est-ce que nos habitudes de consommation ne dicteraient pas nos habitudes de recherche d’information?

La prochaine fois où l’envie te prend de poster un statut Facebook à savoir quoi faire avec un restant de poulet pour nourrir une armée, va donc voir dans ton livre de cuisine. Il te remerciera. Au lieu de répondre par un émoji à ton ami, emploie donc un nouveau mot trouvé dans ton dictionnaire. Lui aussi te remerciera.

Pis l’ami, il date de quand ton dictionnaire?

 

ANNIE B.

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