Ma carrière de mère est encore toute jeune, on ne se le cachera pas, je n’aie que 5 petites années d’expérience, mais de ces 5 années à jongler entre toi et ta sœur, je ne me souviens pas d’avoir eu peur. Lorsque tu étais dans mon ventre, ce nouveau rôle ne m’effrayait pas du tout, lorsque tu demandais qu’à t’amuser et que ta jeune sœur se tordait de douleur due aux coliques j’étais F-A-T-I-G-U-É-E oui, mais effrayée non. Lorsque je me sens débordée, que papa est absent et que la vie tourne carré, je me sens dépassée, mais jamais je n’ai peur. Je sais que tout repose sur la force de notre clan et qu’entre nous quatre, il n’y a aucune variable extérieure.

Par contre, depuis que tu as mis le bout de ton petit orteil en terrain scolaire, j’ai peur, tellement que quelques fois j’en ai mal au ventre. Je sais qu’il sera là mon défi maternel : t’accompagner dans ce grand parcours. Tu as fait tes premiers pas sur quelques fausses notes, rien de bien grave. Mais ces notes un peu croches ont réveillé quelque chose en moi et font réfléchir mon cœur de maman. Pour le moment je suis un peu éparpillée dans mes peurs, puisqu’elles se bousculent toutes en même temps à ma porte. Je sais que le système scolaire est bourré de bons coups et d’enseignants passionnés, mais on dirait qu’ici, maintenant je vois seulement les bâtons où l’on trébuchera.

Lorsque je te regarde, je vois un petit garçon pétillant, énergique, drôle, actif, vif, intéressé, doux, tendre, attentionné et j’en passe. Mais est-ce que tes enseignantes verront la même chose que moi? Est-ce que le cadre rigide de notre système scolaire écrasera le petit garçon que tu es et t’empêchera de t’épanouir comme tu le devrais ? Alors toi mon minou qui demande juste à mordre dans la vie, à toucher pour découvrir, à bouger pour comprendre, à imaginer pour t’émerveiller, tu vas tellement pogner ton « waterloo » quand on va t’expliquer que tu n’as que 15 minutes de jeux extérieurs et que surtout tu ne peux pas grimper dans les modules de jeux ce matin puisqu’aujourd’hui, c’est la journée du ballon chasseur. Je sais que tu es intelligent. Tu comprends tout du premier coup et c’est pourquoi tu as si souvent la bougeotte. En contrepartie, tout ce qui demande un peu plus de délicatesse, de minutie ne se retrouve pas dans ta tasse thé. Et tu sautes à une autre activité pour esquiver. Je ne sais bien pas ce que me diront tes enseignants.

À notre deuxième présence en classe, on t’a refusé ta collation puisqu’elle était constituée de compote de pomme et non de fruits en morceaux. Encore à ce jour, après quelques rencontres de fait, tu me demandes un peu inquiet si j’ai préparé des morceaux de fruits pour toi. Ne tant fait pas mon loup, je me suis trompée une fois, mais après t’avoir retrouvé en pleurs, le ventre vide, devant ta classe, je n’oublierai plus jamais la règle pour les collations. Dernièrement, on nous a appris à moi et aux autres parents que bientôt tous les copains de Passe Partout seront évalués. Tu imagines comment j’ai manqué d’air. La Passe Partout, c’est 16 rencontres de 2 heures. Des rencontres hors de ton environnement, avec tes amis et des guides que tu ne connais pas vraiment et là on va évaluer tes interactions sociales. Qu’est-ce qui me dérange dans tout ça c’est que tu n’as que 5 ans, tu es un futur étudiant oui, mais ENCORE un enfant avec des comportements, des réactions, des peurs, une énergie et une compréhension d’enfant.

J’ai couché ici quelques-unes de mes peurs et mon immense sentiment d’impuissance, mais sache mon garçon que nous allons travailler en équipe. Je vais toujours travailler avec toi. On va profiter de cette année de transition pour se pratiquer, on va tenter de rapprocher l’écart entre ta vie en CPE et celle qui t’attend en août prochain. Et une fois que nous aurons plongé tête première dans cette grande aventure, je te promets d’aller plus loin que le premier effort, de chercher à comprendre certains règlements qui me semblent absurdes et de m’impliquer à la mesure de mes capacités. Je t’accompagnerai dans tes échecs et je ferai une fête de tes victoires.

Mais surtout, je vais laisser une chance au coureur. Qui sait, peut-être qu’à ton école tes profs seront pétillants, énergiques, drôles, actifs, vifs, intéressés, doux, tendres et attentionnés tout comme toi mon garçon.