Quand j’étais jeune, j’arrivais difficilement à comprendre pourquoi mes parents avaient si peu d’amis. Moi, des amis, j’en avais tellement. Puis j’ai vieilli et j’ai compris que des vrais amis, on n’en a pas tant que ça. Tsé l’amie qui te tient les cheveux dans les toilettes du bar à 3h du matin pendant que tu régurgites ton surplus de shooters. Ben, des amis comme ça, on n’en a pas des tonnes.

Quand tu quittes l’adolescence et que tu ne fréquentes plus les mêmes écoles, tu commences à perdre quelques amis. À l’âge adulte, les chums et les blondes se mettent de la partie. La mésentente avec un ou l’autre, l’incompréhension de leur relation, la jalousie des fois ou autre chose fait que tu perds encore quelques amis. Parce qu’évidemment tu peux pas aimer tout le monde et que des fois, maudit, même si tu le veux très fort, tu peux juste pas vivre avec les choix des gens que tu aimes.

Par moment, les choses s’arrangent ou changent et tu retrouves l’ami. D’autre fois, tu dois assumer et rayer leur nom de la liste des gens à appeler en cas d’urgence. Mais je pense que le plus gros clash, c’est quand on a des enfants. Quand notre système de valeurs vient se faire shaker sur l’échelle de Richter. Parce qu’on va se le dire, ils sont rares les débats entre amis sur la méthode d’élever les enfants. Pour être franche,  t’es sûre que tu partages la même vision que tes amis sur cette question-là, jusqu’au jour où le petit chérubin naît, tu te rends vite compte que c’est pas ça pantoute. Parce qu’on va se le dire, les hormones de maternité te font un peu virée folle, ça te change une personne. Et puis tu peux ben penser que tu vas être la mère la plus détachée de la ville, quand il est là l’enfant chéri, tu deviens une maman poule et il faut que tu l’acceptes.

Tout ça pour dire que c’est là que la vie ébranle ta vie sociale. Premièrement, ben sortir c’est un peu plus complexe. Deuxièmement, tu as l’impression de ne plus vivre sur la même planète que certains. C’est là que tu comprends pourquoi tes parents n’ont pas une grosse vie sociale. Parce que les chicanes de fillette, ça te tente pu pantoute. Tu n’as plus la patience pour ça. Les histoires de vengeance ça t’énerve quand ça fait 3 jours que tu dors pas. Fait que tranquillement, tu fais le tri dans tes amis. Plus ça va, plus tu peux les compter sur les doigts des deux pis d’une main. Mais ceux que tu choisis, tu sais qu’ils vont t’être fidèles. Tu le sais qu’ils vont être là pour toi, pour tes kids. Tu leur donnes des rôles importants dans la vie de tes enfants. Certains auront la chance de se faire appeler « parrain » et « marraine », ou « oncle » et « tante » par tes enfants, même sans les liens de sang. Et tu sais que tu peux les appeler à 3h du matin parce que t’as besoin d’aide et qu’ils vont arriver. Fait que tu comprends le cheminement de tes parents et puis la nostalgie dans leur voix quand ils te racontent leur jeunesse avec leur million d’amis. T’es consciente maintenant que tu feras la même chose qu’eux devant tes enfants et que ces derniers comprendront dont ben pas comment tu fais pour vivre avec 5 amis. Puis un jour ils auront eux aussi des kids et de la nostalgie dans la voix.