C’est ma fête. C’est aussi Pâques… Mais principalement ma fête! Nous sommes tous à la maison en train de célébrer et manger beaucoup trop de chocolat lorsque nous recevons un appel qui nous dit que ma grand-mère ne passera probablement pas la journée.

Ma grand-mère.

Elle est probablement la femme la plus forte que je connaisse. Elle a vécu un divorce alors que c’était une pas pire honte à l’époque. Elle a eu un cancer du côlon et a dû vivre avec un sac sur son ventre toute sa vie. Elle s’est occupée de ses enfants, de ses petits-enfants et de moi! (J’étais un ange, certes, mais quand même!) Elle a toujours habité avec nous. Elle a aussi un problème de vessie, elle a donc un autre sac en permanence depuis cinq ans. Et disons-le, elle est rendue à 89 ans. Un âge vénérable. Elle est malade depuis un bon moment et elle demande souvent à son Bon Dieu de venir la chercher. Elle prie continuellement pour nous et pense toujours aux autres avant elle-même. Elle n’est pas seulement forte, elle est généreuse et tellement aimante. Elle est la meilleure.

Mais voilà qu’aujourd’hui, on m’annonce qu’elle va nous quitter. Lorsque je suis arrivée à sa chambre, elle était là, toute petite et fripée. Les lèvres sèchent et les mains croisées. Mon cœur s’est serré et je me suis mise à pleurer. Je ne voulais pas qu’elle nous quitte, et je l’ai répété je ne sais combien de fois en y allant, mais de la voir comme ça… Tout le monde est arrivé, les cousines, les chums, les arrières petits-enfants. Nous avons pris un moment avec elle chacun notre tour. Je lui ai chanté la berceuse qu’elle m’a chanté deux millions de fois au moins et je lui ai dit qu’elle pouvait y aller. J’ai compris à ce moment que lui demander de rester serait un geste complètement égoïste. Elle a assez souffert et elle a eu une très belle vie. J’ai eu la chance de la voir rencontrer mon poulet et de la voir lui chanter les mêmes berceuses. J’ai eu la chance de l’avoir dans ma vie pendant trente et une belles années. Je lui ai dit qu’elle pouvait y aller, même si mon cœur avait mal.

Elle ne nous a pas quittés. Eh non. Elle est revenue plus forte que jamais le surlendemain. Ma grand-mère est ressuscitée pour Pâques. Pour ma fête. Elle a déjoué les pronostics, déjoué les médecins, déjoué la mort.

Nous devrions célébrer, mais nous avons le cœur gros pour elle. Elle nous a mentionné vouloir partir, la prochaine fois qu’elle tombera malade. L’entendre le dire alors qu’elle est consciente est encore plus difficile que de le vivre. Je sais que la fin approche. Une partie de moi souhaiterait ne pas avoir à le revivre, parce que c’est douloureux, parce que la peine est atroce, mais parce que ma grand-mère est à bout de souffle. Elle n’a plus la qualité de vie qu’elle mérite… et pourtant, la mort tarde à venir…