Nous y sommes. Un mois exactement après son entrée à l’hôpital, ma grand-maman qui avait alors ressuscité une fois, est retombée plus bas. Cette grande dame, si forte et combative, semble encore plus petite et fripée que la première fois.

Elle nous avait bien fait part de ses exigences si elle retombait malade; elle ne veut pas de traitement, elle veut qu’on la laisse partir. Elle veut qu’on la laisse partir, mais sans lui dire! Elle veut que nous soyons tous à côté d’elle, mais sans pleurer. Elle veut que nous soyons là heureux et rieurs.

J’ai beau me motiver autant comme autant, à chaque fois que j’entre dans sa chambre d’hôpital et que je la vois les joues creuses, mon ventre se sert et je me mets à pleurer. Alors, elle, sans filtre et sous l’influence de la morphine, me regarde et me chicane parce que je suis « encore là à brailler »!

Je n’avais jamais été confronté à la fin de vie de cette façon. J’ai vécu le décès de mon père biologique il y a quelques années, mais ce fut rapide. Et sans méchanceté, je n’étais pas aussi proche de lui que de ma grand-mère. Il est parti alors que je n’étais encore qu’un bébé et j’ai alors eu deux mamans : ma mère et ma grand-mère. Je n’ai donc pas été terriblement affecté par sa mort.

J’ai aussi vécu la mort subite de mon amie l’an passé. Encore une fois, je n’ai pas eu à affronter la fin de vie. Elle est partie un matin de février, rapidement, sans l’annoncer, dans ce qui semblait être un accident d’auto.

Pour ma grand-mère, c’est un autre monde, complètement différent. Nous sommes là, autour d’elle, depuis deux jours à « attendre qu’elle meure ». Est-ce qu’il y a quelque chose de plus affreux que de voir quelqu’un que tu aimes souffrir à ce point et ne pouvoir rien faire? Je ne pense pas.

La cinquième journée, c’est la pire de toutes. Elle a du mal à respirer, elle reçoit de la morphine et deux autres antidouleurs pour la calmer toutes les deux heures. Elle ne peut évidemment pas recevoir l’aide à mourir. Cela ne s’applique pas à elle. Je me balade entre la tristesse, la douleur et la colère. Je ne comprends pas comment on peut laisser quelqu’un souffrir comme ça. Elle a presque quatre-vingt-dix ans. Elle a nommé plus d’une fois vouloir mourir. Pourquoi ne pas lui offrir l’aide à mourir? C’est une loi que je ne comprends clairement pas. Je me promets de me renseigner plus tard à ce sujet… Alors que mes pensées se noircissent autour de l’aide médicale à mourir, il est l’heure de retourner dormir à la maison. Nous laissons ma grand-mère avec ma mère et nous partons… Je l’entends encore râler pendant que je marche dans le couloir.

Elle nous a quittés ce soir-là, dans un dernier souffle, un dernier soupir. Seule avec ma mère, comme cela a toujours été.

Si je peux être à moitié aussi forte que ces deux femmes plus tard dans ma vie, je saurai que j’ai réussi.