Ce texte je l’ai ruminé et pleuré pendant quatre ans. Je l’ai écrit pour moi, mais aussi pour ceux qui ont le mal de vivre. Ce texte n’a rien de nutritionnel, mais je le livre pour être capable d’avancer ou du moins essayer.

Toi qui a décidé un soir d’automne que cette vie tu n’y tenais plus, que vivre dans l’obscurité tu n’en pouvais plus. Par un geste irréversible, tu sembles (je l’espère) avoir trouvé la paix. Laissant derrière toi notre mère qui ne peut pas vivre avec le fait que tu sois parti avant elle, de devoir dire adieux à son enfant, un corps inanimé et froid. Notre petite sœur qui voyait en toi le papa qu’elle n’a jamais eu et son complice de mauvais coups a perdu ses repères. Comment expliquer à tes enfants le mal de vivre? Comment les convaincre que ce geste commis n’est pas une option et qu’au bout de chaque tunnel il y a une lumière  Pour tes enfants, tu étais un papa poule et j’aurais tellement aimé t’offrir le chandail qui le souligne si bien, mais à la place j’ai dû choisir l’endroit de ton dernier repos.

Notre complicité était ce lien qui s’est construit naturellement, qui était toujours là sans qu’on puisse s’en rendre compte. Ce lien nous permettait de nous retrouver. Ton départ m’a amputé ce lien et depuis, je suis à la quête de sens et de réponses. Comment ai-je pu être si proche sans savoir ce que tu étais en train de vivre et ce qui te poussait à mourir? Tu étais non seulement mon frère, mais mon meilleur ami et mon confident; tu l’es toujours d’ailleurs.

Je me demande encore si tu serais parti, si tu avais su la peine et la culpabilité qui nous habitent depuis ton départ. Si tu avais su combien on t’aime. Peut-être que dans l’obscurité, cet amour tu ne le ressentais pas, mais il était bien là.

Cela fait quatre ans que tu as décidé de partir. Je devrais « en revenir », mais je ne suis pas capable. J’y pense un peu moins par contre. J’apprends à vivre avec cette amputation. On dit que le temps arrange les choses, moi je dis que le temps t’oblige à accepter les choses.

J’aimerais tellement revenir en arrière et te shaker. Te dire que ce mal allait finir par disparaître et qu’un jour tu allais RÉELLEMENT sourire. Te promettre qu’un jour, tu n’allais plus avoir cet immense vide qui t’habitais. Ce gros poing dans ton cœur. J’aurais voulu te dire que tu allais en sortir, plus fort.

Avoir su, je t’aurais pris la main et montré toutes les petites et grandes choses qui font que la vie mérite d’être vécue.

Je ne t’en veux pas, tu sais? J’ai juste de la peine.

J’ai de la peine, car tu es parti pensant que tu étais seul. Déçu de la vie, déçu de nous.

Ta sœur qui s’ennuie de toi.

 

Ne sous-estimez pas ce mal de vivre, il est important de faire tomber les tabous entourant le suicide et les problèmes de santé mentale, particulièrement la dépression. Si vous ou un proche avez besoin d’aide, consultez le site www.suicideactionmontreal.org ou composez le 1-866-APPELLE.