Hyperemesis gravidarum (ou nausées et vomissements sévères, hyperolfaction, hypersalivation, étourdissements, maux de tête, faiblesse et j’en passe…). Ces deux mots, pour moi lourds de sens, suffisent à me donner des frissons, à me plonger dans d’horribles souvenirs que je vivais à ce temps-ci, l’an dernier.

Quand j’ai su que j’étais enceinte de mon deuxième enfant, je savais aussi que, par choix familial, ce serait ma dernière grossesse. Mon intention était d’en profiter au maximum, sachant que ces doux moments ne reviendraient plus. Il en fut par contre tout autrement. J’ai dû être mise en arrêt de travail dès le tout début. J’étais si malade que je n’arrivais à rien garder. Toutes les odeurs me levaient le cœur, incluant celles de mon chum et de ma belle grande fille de trois ans dont j’étais incapable de m’occuper. Entre chaque vomissement, c’était la nausée qui me tenait compagnie, et ce, même la nuit. J’ai perdu beaucoup de poids. J’étais faible au point de devoir mettre un petit banc dans ma douche pour me laver de peine et de misère. J’ai dû être admise à l’hôpital pour déshydratation sévère alors que je n’arrivais même plus à garder de l’eau. Je pleurais de désespoir tous les jours. L’incompréhension des amis et de la famille était insupportable. « Moi aussi j’ai été beaucoup malade enceinte. » Les gens ne comprennent pas que l’hyperémèse gravidique n’est pas que de simples nausées. Environ la moitié des femmes enceintes souffrent de nausées durant leur grossesse. Seulement 1 % d’entre elles souffrent d’hyperémèse gravidique. Cette condition est un réel cauchemar qui a pris le contrôle de ma vie, me laissant épuisée, déprimée et isolée. En mode survie, j’en suis presque venue à souhaiter une fausse couche. J’en voulais à mon bébé de me rendre si malade. J’avais honte, tellement honte d’avoir ces pensées horribles. Malgré tout, je m’accrochais à mes photos d’échographie comme on s’accroche au bord d’un précipice. Puis, j’ai fini par la mettre au monde ma « petite lumière au bout du tunnel ». Et le lien qui nous unit est indescriptible. Après tout, on a vécu cette épreuve ensemble, elle et moi.

Un an plus tard, je vis avec le sentiment de m’être fait voler ma grossesse. Je ressens encore beaucoup de frustration, mais aussi beaucoup de tristesse et d’amertume. L’hyperémèse gravidique laisse ses traces même au-delà de la grossesse. Par contre, je fais partie des chanceuses qui ont pu tenir le coup jusqu’à la fin. Ce ne sont pas toutes les femmes atteintes de cette condition qui peuvent tenir leur bébé dans leurs bras. Et elles doivent s’en sortir encore plus marquées que moi, j’en suis certaine.

En cette journée de sensibilisation à l’hyperémèse gravidique, j’ai une pensée pour toutes les femmes qui vivent ou qui ont vécu cet enfer. Sachez que vous n’êtes pas seules.

Pour de l’information et du soutien : http://www.hyperemesis.org/