J’ai été élevée dans une famille où on ne conservait pas grand-chose. Le strict minimum et c’était ben correct comme ça. Quand on ne jouait plus, on donnait. Quand ça ne faisait plus, on passait au suivant. Quand c’était brisé, on jetait. Environnement épuré. Pas de superflu. Sentiment de liberté garanti. J’ai grandi en faisant la même chose. Année scolaire terminée, pouf dans la poubelle agenda et notes de cours. Aussitôt revenue d’un show, adieu billet, bracelet et autres souvenirs de ma soirée. Et pour ce qui est des souhaits d’anniversaire, une semaine passée ma fête et déjà au recyclage. Ma philosophie de vie a toujours été : « Tout est dans ma tête ». Et ça fonctionnait très bien, jusqu’au jour où la vie a mis sur ma route un homme qui ramasse tout. Quand je dis tout, c’est vraiment TOUT. De la moindre facture au plus lointain souvenir d’enfance. Après 15 ans de vie commune, croyez-moi il y a quelques boîtes au sous-sol dont j’ignore totalement la composition. Encore il y a 2 semaines, alors qu’on jasait musique avec les enfants, il est allé dans son repaire et en a sorti une flûte traversière. Il en jouait en 6e année et il n’avait rien perdu de la technique. Les enfants ont capoté. Même moi qui pensais le connaître de fond en comble, je le redécouvrais…

Ça ne m’a jamais vraiment dérangée qu’il garde tout. Je dirais que ça m’a plutôt toujours fascinée et même confrontée. Parce qu’au fond de moi, je l’ai toujours envié. Envié de pouvoir assouvir ses moments de pure nostalgie. Parce que je suis moi-même une nostalgique finie et qu’en réalité, c’est contre nature pour moi de tout jeter.

Ma belle-mère (qui a une caverne d’Ali Baba elle aussi) m’a aussi fait réaliser l’importance des souvenirs. Il lui est arrivé de ressortir des trucs assez chouettes au fil des ans. Comme ce texte que mon chum avait écrit sur la mort de son cochon d’Inde, du haut de ses 7 ans. Tellement touchant. Tout comme de le voir redécouvrir ses précieux Transformers ou bien la casquette fétiche de ses 14 ans. De puissants souvenirs, disons.

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Puis sont venus mes propres enfants. Et j’ai eu envie de garder moi aussi. Des souvenirs pour eux, mais aussi pour moi. Je veux leur créer leur propre « boîte à nostalgie ». Plusieurs même. Mais je resterai toujours celle qui maintiendra l’équilibre. Disons que j’ai juste plus de facilité que mon homme à faire le tri des 62 nouveaux dessins de la semaine. Oh il m’arrive de rechuter à l’occasion. De prendre un grand sac vert et de ramasser sans grande culpabilité. Mais beaucoup moins souvent qu’avant. Et je laisse parfois le sac traîner quelques jours. Juste au cas où….