Chère adolescence maudite,

Toi qui arrives sur la pointe des pieds et qui, par la suite, sèmes la terreur aux parents de ce monde.

Mon fils était un ange. Bon, je sais qu’il avait son petit caractère et qu’on devait travailler sur quelques trucs. Depuis un bon bout déjà, on le prépare à devenir une meilleure personne. Le respect, la confiance, l’acceptation, l’entraide, l’affection, l’amour. Bref, de belles valeurs qu’on juge importantes à lui transmettre. On a aussi pris soin de lui faire faire de petites tâches au quotidien afin qu’il gagne en autonomie. Mais nous ne sommes pas dupes, on savait que tu arriverais un jour… Comme tous bons parents, nous avons donc tenté de le préparer du mieux qu’on pouvait à ton arrivée. On savait t’sais, t’es déjà passée dans nos vies.

Je me souvenais un peu de toi, mais j’avais oublié certaines de tes nuances. Je me rends compte que tu n’as pas changé, ô que non! Bien au contraire. Tu as encore ton caractère de cochon et ta façon bien à toi de faire monter la pression autour. Tu es forte et maligne. Moi je sais que tu es hypocrite et que tu joues dans la tête de mon fils. Lui, par contre, il est convaincu que tu es la meilleure chose qui puisse lui arriver. Sournoisement, tu es venue te cacher dans les petits racoins de son cerveau.

Je sais que tu n’es pas la responsable de ses bras devenus trop longs, de ses boutons qui se multiplient de jour en jour sur son visage et de ses pieds qui deviennent gigantesques. Mais quand on lui demande de vider le lave-vaisselle, de sortir les poubelles ou de mettre la table, c’est toi qui le contrôles. Ben oui, des tâches, ma belle adolescence, ce n’est pas ce que tu trouves le plus trippant, avoue-le. Ta mauvaise humeur ressort et ça se voit dans les yeux de notre gars. Je sais parce qu’à son âge, du haut de mes 14 ans, j’avais le même regard, le même désespoir, la même impatience et surtout, le même sentiment que personne ne me comprenait vraiment.

Je sais aussi qu’il se traîne les pieds et qu’il dort beaucoup trop depuis que tu es dans sa vie. Il ment de temps en temps pour se sortir du trouble. Je sais que tu es une mauvaise influence sur lui. Tu ne sais pas trop où tu t’en vas, tu ne comprends pas non plus pourquoi tu fais les choses et tu trouves surtout les parents pas mal innocents lorsqu’ils ouvrent la bouche. Tu es comme ça, toi : indépendante et sans remords. Tu travailles ma patience et je dois souvent me rappeler que tu es cachée quelque part. Évidemment que tout n’est pas de ta faute, qu’il y a plein de circonstances. Mais je te surveille quand même!

Je t’ai côtoyée pendant des années, une vraie chum. Toutefois, quand j’ai rencontré l’adulte, j’ai compris beaucoup de choses. J’ai surtout décidé de lui faire confiance et je t’ai laissé aller. Tu n’étais finalement qu’un passage obligé dans ma vie. Et mes parents ont pu respirer à nouveau.

Maintenant que tu t’es emparé de mon garçon, je tiens à te dire une chose. Je te laisserai la place qu’il te faut et je respecterai ton espace vital. De temps en temps, je te laisserai aussi faire tes conneries. Par contre, sache que je serai toujours là pour mon gars, quoi que tu puisses en penser. Après chaque échec, tu me trouveras sur ton passage pour lui remonter le moral. À sa première peine d’amour, tu ne pourras pas tout contrôler parce que je serai là derrière lui pour le consoler. Lorsque tu lui auras mis des doutes dans la tête, je serai là pour lui donner confiance. Je l’accompagnerai dans tous ses hauts et ses bas. Je serai là pour l’écouter, l’encadrer, mais surtout, l’aimer. Et quand mon fils rencontrera l’adulte à son tour, toi tu ne seras qu’un souvenir, une période. Mais moi, je serai là, pour toujours.