Quand j’étais enfant, je voulais tant avoir une petite sœur. Je me disais que ce serait vraiment chouette d’avoir une amie à la maison avec moi. On serait complices, on jouerait ensemble, on se raconterait toutes sortes d’histoires et on rirait aux éclats jusqu’à en avoir mal au ventre. On serait les meilleures amies du monde entier! Mais la vie est mal faite parce qu’en naissant, j’ai pour ainsi dire arraché l’utérus de ma mère et on a dû le lui enlever. Fini les possibilités d’une petite sœur. Il fallait que j’oublie ça. J’ai fait mon petit bout de chemin sans la petite sœur que je souhaitais tant avoir en soufflant les bougies sur quelques-uns de mes gâteaux de fête.

Avec la fumée de quelques autres bougies s’est aussi envolé le rêve d’avoir un chien. J’aurais tant eu de plaisir à jouer avec lui, à lui montrer toutes sortes de tours, à le flatter et le brosser. Il aurait dormi avec moi dans mon lit. Il m’aurait suivi partout. Je voulais tellement m’occuper d’un chien que je m’occupais de ceux des voisins! Avec l’accord de leurs propriétaires, je partais même me promener avec eux. C’était génial! Mais la vie est mal faite parce que j’étais asthmatique allergique et il était hors de question que mon pneumologue et mon allergologue donnent la permission à mes parents d’acheter un chien. Envolé le petit chien. Tout comme la petite sœur.

Ne pas toujours avoir ce qu’on souhaite ce n’est pas si grave. Ça forge le caractère. Cependant, à l’âge de 25 ans, la vie m’a envoyé la plus difficile des épreuves. Celle de perdre mon papa. Cet homme de grand cœur a laissé un vide inimaginable derrière lui. Les fils tissés au cours des années, les grandes conversations existentielles, le sentiment de fierté mutuel, tout allait bientôt me manquer cruellement. Ce que la vie peut être injuste et mal faite!

Trois années se sont écoulées jusqu’au jour où ma première fille allait me transformer en maman. À ce moment-là, j’avais déjà mon chien alors âgé de deux ans. J’allais découvrir le plaisir de voir ma fille grandir auprès de son chien trois fois plus gros qu’elle. Un chien enjoué et patient et une petite fille taquine et coquine qui allaient devenir de bons amis. Puis, vint le jour où j’allais mettre au monde une deuxième petite fille qui allait bientôt suivre sa grande sœur partout et imiter tout ce qu’elle faisait.

C’est toujours un plaisir de les regarder jouer ensemble. J’aime être témoin de leur complicité florissante. Voir ma plus vieille enseigner toutes sortes de choses à sa cadette. La toute petite trottinant derrière son aînée, toujours prête à essayer de nouveaux tours. Mais ce que je préfère observer plus que tout, c’est la belle relation père-fille qui se développe entre mon amoureux et nos deux princesses. Des regards de fierté qui me rappellent de doux souvenirs. J’ai aujourd’hui une vie qui vient combler les manques de mon passé. Comme quoi, au bout du compte, la vie est si bien faite.