C’est lors de ma Technique d’éducation à l’enfance au Cégep de Sainte-Foy que j’ai entendu parler pour la première fois de la motricité libre pour les bébés. Les bébés… ces petits êtres qui demandent tellement de soins et d’attention, qui sont si fragiles et curieux à la fois. Ceux-là même qu’on cherche à protéger de tout danger, et souvent d’eux-mêmes…

Voilà qu’on nous expliquait qu’en fait, en faire trop pour eux n’était pas l’idéal. Qu’en fait, l’idéal, c’est plutôt de laisser bébé se développer par lui-même, à son rythme et selon ses intérêts, tout en lui fournissant notre support et un environnement sécuritaire. Qu’au fond, il suffisait de croire en son bébé, à sa curiosité naturelle, à son désir d’explorer, à son intelligence et à sa peur du danger qui guiderait ses apprentissages avec plus de prudence. La confiance qu’on aurait en lui germerait donc pour en faire un être confiant et conscient de ses capacités, mais aussi plus autonome dans ses jeux.

Je suis littéralement tombée sous le charme de cette philosophie d’Emmi Pikler! Je me suis promis qu’avec mes enfants, je testerais moi-même cette approche complètement différente, et je ne l’ai pas regretté.

Au départ, ça n’a pas été des plus facile, je l’admets. Il ne suffisait pas de laisser bébé sur son tapis d’éveil, parce qu’en fait, dans cette position où les bras se fatiguent rapidement contre la gravité à tenter d’agripper les jouets, bébé se tanne rapidement et réclame nos bras. Il a donc fallu repenser à son environnement selon ses capacités. J’ai donc enlevé les arcs du tapis d’éveil et mis les jouets autour de sa tête à distance de bras. Ça forçait bébé à rouler sa tête de droite à gauche, puis vers le haut, pour tenter de mettre la main sur ses jeux. Non seulement ça l’aidait à lutter contre le phénomène de la tête plate, mais ça maintenait son attention et ça l’obligeait à coordonner tranquillement ses mouvements pour assouvir sa curiosité. L’idée, c’est de mettre l’enfant en tout temps dans une position qu’il maîtrise.

C’est là qu’ont germé l’autonomie et la persévérance de mes petits explorateurs. C’est si beau à voir! En être un témoin actif (parce qu’il faut tout de même ramener les jeux qui ont été propulsés par des gestes involontaires), c’est quelque chose de tellement gratifiant au fil du temps! Petit bémol par contre, comme leurs apprentissages vont à leur rythme, ils peuvent prendre plus de temps à réaliser un mouvement complexe comme marcher, mais quand ils le font, c’est avec beaucoup plus d’assurance. Il faut donc ÉVITER de comparer nos petits, ils sont tous uniques.

Au moment où bébé a commencé à rouler et à ramper, il s’est évidemment mis dans toutes sortes de misères, se coinçant les jambes sous le divan en reculant ou se cognant la tête sous une chaise, pris au piège. Mon rôle de témoin actif m’a donc amené à guider bébé, en me mettant à son niveau et avec des paroles simples et rassurantes, lui permettant de se sortir lui-même de son pétrin à l’aide de mouvements qu’il était capable de faire, comme rouler à nouveau ou maintenir moi-même ses mains au sol pour qu’il glisse son corps vers l’avant par réflexe.

Cet été, mes deux « acrobates » de presque 3 ans et 4 ½ ans m’ont tout de même surpris, lorsque je les observais. J’ai constaté que non seulement ils sont très agiles et plutôt prudents pour leur âge, mais ils ont également développé une belle persévérance, beaucoup de confiance en leurs capacités, beaucoup d’autonomie et un raisonnement surprenant dans la résolution de problèmes. Vous me direz que ma fierté de maman déforme sûrement les faits? Je vous répondrais que la motricité libre a simplement transformé notre vie, ma façon de les comprendre et qu’elle leur a donné beaucoup plus à long terme que ce à quoi je m’attendais au départ!