C’est un peu comme si c’était le jour de la marmotte, une répétition de réflexions mentales quotidiennes. Dans ma tête, ça part en vrille, je fais du coq à l’âne avec moi-même, en pensées, un long laïus mental, un discours organisationnel en boucle. Ça se traduit également dans la réalité : « Faudrait bien que je me remette en forme, que je mange mieux, câline! que je n’arrive pas à perdre le fichu poids de la 2e grossesse. 2 enfants en 2 ans, ce n’est pas évident…ah oui! Faudrait que je ramasse la cuisine, que je fasse la vaisselle, on a beau bien manger, la cuisine a des allures de 3e Guerre mondiale. En me rendant à la cuisine, je ramasse une paire de bas de ma petite loutre qui traîne dans le corridor, ça me rappelle que le panier de vêtements des enfants déborde, faut que je parte une brassée. En descendant à la salle de lavage, c’est le foutoir dans la salle de jeux, je pars le lavage, ramasse les jouets et oh! c’est vrai, je dois appeler pour prendre rendez-vous chez le pédiatre de mon castor d’eau douce. J’oubliais, Chéri m’a demandé d’aller chercher son antihypertenseur. Je vais devoir sortir plus tard pour un petit tour à la pharmacie. Je remonte à la cuisine et je vais enfin aller faire la vaisselle. » Ouf, on dirait que je ne finis jamais rien ou que je commence tout en même temps. Impossible de garder le focus sur la tâche en cours, tout se bouscule dans mon cerveau déjà légèrement au ralenti depuis les grossesses.

Après un déjeuner avec une amie, j’ai compris ce qui se passait, je ne suis pas une femme de maison et je me sens dépassée. C’est là qu’elle m’a parlé de charge mentale, un concept bien simple qui explique cette gestion/planification du foyer souvent matriarcale. La face cachée du travail domestique, celle qui occupe l’esprit. Les femmes ont tendance à être agent double, ce que l’on fait réellement et ce que l’on organise dans notre tête, en permanence. L’homme étant plus enclin à lâcher prise sur les contraintes ménagères. Le mien s’occupe des repas. J’ai tendance à en vouloir à mon conjoint, à désirer qu’il voie au-devant de mes besoins, qu’il m’offre plus de support dans la maison, sans que j’aie à le dire, ça me semble si évident. Je m’enrage, je me fâche intérieurement et je rumine jour après jour en espérant qu’il voit la charge de travail, qu’il apprécie ce que je fais et qu’il le souligne. Mais au fond, comment peut-il savoir ce que je ressens, si je n’en parle pas. Un soir, j’ai décidé d’avouer que je n’étais pas une super maman ménagère et que j’avais besoin d’aide, il a compris. J’étais soulagée. Je dois l’admettre, même si je me considérais clairement comme la reine de l’organisation, la vie familiale change la donne et je ne peux pas faire tout comme avant. Rien n’est comme avant. Tout est comme maintenant. Je dois accepter que mon ménage ne soit pas toujours A1 et que tous mes efforts d’une journée soient anéantis en un clin d’œil au retour au bercail du clan. Au final, le plus important, c’est une maisonnée remplie de vie, calmons-nous le petit hamster et profitons du moment présent, qu’en pensez-vous?