Les araignées, la mort, les hauteurs, les feux d’artifice, les orages, les cheveux d’Alex Perron… Nous avons tous peur de quelque chose (peut s’accorder au pluriel selon le cas, dont le mien). La liste tellement non exhaustive que j’ai dressée reflète quelques-unes de mes peurs. Chacune a son niveau de gravité mesuré entre « Vite apporte-moi ma gougoune que j’la tue » et « AAAARRRRRRGGGGGGHHHHHHH! Je vais mourir (montée sur la deuxième marche d’un escabeau qui en compte 3) ».

J’ai réussi à en enlever une de cette liste. Elle était pourtant une des pires. Cette peur-là était incontrôlable, mais décidément domptable puisque j’y suis arrivée. J’ai réussi à vaincre ma peur des aiguilles. Je ne détiens pas de méthode structurée pour y arriver. Je n’ai même pas de trucs à vous donner. C’est arrivé comme ça, sur un coup de tête.

Alors que je travaillais dans un centre commercial qui accueillait les gens d’Héma-Québec, j’ai décidé d’aller donner du sang. Comme ça, su’l fly. J’ai juste pensé à ma sœur. Elle qui a passé par une opération majeure et une hospitalisation prolongée à l’adolescence. Elle qui a donné de son propre sang en prévision des transfusions qui seraient nécessaires lors de sa propre opération. Je l’accompagnais pour ses dons de sang, pis c’est moi qui mangeais son p’tit biscuit à la fin parce que je ne feelais pas t’sais!

J’avais la jambe qui shakait quand j’attendais mon tour. J’avais un gros collant « premier don » de collé sur la poitrine et tout le monde me remerciait du geste que je n’avais même pas posé encore. Tout le monde m’expliquait à quel point c’était important! J’ai failli reviré de bord plusieurs fois. Mais je suis restée… Pour ma sœur, pour le collant, pour l’importance du geste… Pour faire honneur aux remerciements que j’ai reçus.

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À ce jour, ça reste un des accomplissements qui me rend le plus fière. Quand j’ai reçu ma petite épinglette de premier don, j’ai pleuré. Parce ce que j’étais fière, parce que j’étais reconnaissante que ma sœur ait été aussi forte, parce que j’avais sauvé une vie et peut-être même plus. J’ai conduit jusque chez mes parents et j’ai tendu l’épinglette à ma mère fière comme quand je lui donnais mes cartes de fête des Mères en macaronis.

Si ce n’était pas de tous les gens (je dis tous les gens comme s’il y en avait beaucoup, mais il n’y en aura jamais assez) qui donnent leur sang, j’aurais perdu mon père. J’ai peut-être sauvé le papa de quelqu’un aussi. J’ai vaincu cette peur sur un coup de tête, mais j’en ai encore une couple en banque pour m’occuper!