Devenir une mère, ça te pousse soudainement à faire certains deuils, comme celui d’être maternée, d’être la fille de tes parents. Ridicule? Pas du tout! Selon moi, c’est un des plus gros chocs émotifs du chaos qui suit l’accouchement! Surtout pour une nouvelle mère… Vraiment, il y a un deuil à faire!

Alors que tu es éreintée par le passage de ton bébé du ventre à tes bras, que tu saignes, que tu as l’entrejambe en zone d’après-guerre ou une belle et douloureuse cicatrice au bas du ventre, que ton corps a plus une sensation de Jello qu’autre chose, que tes seins gercent à force d’être sollicités, que tu as juste le goût de te rendormir tout en restant éveillée à jamais devant ta nouvelle merveille… Soudainement, tu te rends compte à quel point t’as apprécié le fait d’avoir été dorlotée et aimée comme enfant!

L’espace d’un instant (premiers jours à quelques semaines, selon), on a non seulement envie, mais BESOIN de se faire materner, nourrir, avoir des câlins et autres petites attentions, se faire couler un bon bain chaud et que quelqu’un ramasse le chaos autour de nous pour pouvoir dormir autant que faire se peut. Quand je dis besoin, c’est parce que c’est dans ces conditions optimales qu’on peut se rebâtir de fille à mère, se reconstruire et apprendre à donner plus qu’à recevoir à notre tour, pour soutenir à même notre corps dans toutes ses ressources la nouvelle génération.

Maman, tu m’as fait le plus beau cadeau : celui de m’aimer et de me soutenir dès ma conception jusqu’à aujourd’hui. D’ici un mois, tu seras encore là, à mes côtés, pour m’épauler dans la folle arrivée de mon 3e bébé à la maison, pour la 3e fois. Malgré toutes nos différences et nos ressemblances, nos différends et nos rassemblements, tu as toujours été là pour moi et c’est une des plus grandes richesses de ma vie! Je t’ai vue et j’ai bénéficié de tout ton amour -comme mes frères et sœurs-, même de celui qui t’a amené à te fâcher de temps à autre. Je t’aime et je te remercie tellement d’être là dans mes moments vulnérables et mes moments de force. Même si parfois ce n’est qu’en pensées, tu es avec moi et tu guides encore mes pas aujourd’hui.

Il y a un peu plus de 5 ans, j’ai fait mon deuil d’être uniquement ta fille. Mais depuis, je suis une maman qui donne toute son énergie pour soutenir ma famille grandissante, au travers de mes imperfections, un peu comme tu l’as fait pour nous depuis une trentaine d’années déjà. Une partie de moi sera toujours ta petite fille… et c’est cette partie qui m’inspire aujourd’hui à me surpasser et à faire de mon mieux dans l’instant présent. Toi qui n’as jamais senti ce que c’était d’être la petite fille de quelqu’un qui se donne corps et âme pour tout, tu as créé et nous as légué tout un héritage que tu entretiens encore aujourd’hui! Merci!

Je pense à toutes ces filles/femmes qui deviennent mères sans avoir eu cet amour enveloppant à l’odeur de biscuits et de machine à coudre, et j’aimerais tellement qu’elles sachent que même si elles ne l’ont pas reçu, elles peuvent le porter elles aussi cet amour infini. Qu’être aimante, soutenante et patiente, tout en étant ferme à la fois, c’est une question de petits choix au quotidien. Qu’il est possible, sans avoir eu l’exemple, de créer ce modèle de mère idéale pour nos enfants en se basant sur ce que le cœur nous dit, sur notre instinct maternel et les autres modèles positifs qui nous entourent.

Je pense surtout à vous, nouvelles mamans qui aurez le cœur gros de sentir une certaine forme d’abandon le jour de votre accouchement et je vous aime. J’aime votre force et votre rage de vous reconstruire pour le mieux de votre nouvelle famille, votre détermination à créer cet héritage que chaque enfant devrait recevoir. Nous ne partageons pas la même peine, le même deuil de quitter l’enfance, mais je salue notre courage partagé de vouloir faire de notre mieux pour la prochaine génération.

Bonne fête des Mères à toutes celles qui le sont ou le seront prochainement!