J’ai toujours été la fille partante pour tout. Même celle qui organisait les événements la plupart du temps. Les brunchs matinaux, les après-midi de magasinage, les soupers dans les restos, les soirées chez les amis… Je disais rarement non. Maintenant, j’ai un mini. Lorsqu’il était petit, dans sa coquille et qu’il jouait à être un mollusque, je disais encore oui. Mais depuis qu’il marche, qu’il court et qu’il adore tellement toucher à tout, je dis non. Ben oui, je dis non.

Je pourrais inventer des excuses pour chaque fois où je choisis de te dire non. Que je suis malade, que bébé est malade, que je n’ai pas de gardienne, que j’ai déjà quelque chose… Je choisis pourtant de dire la vérité. Je n’aurai pas de plaisir ce soir à venir chez toi avec mon petit poulet aventureux.

Non, je n’ai pas envie de débarquer chez toi un soir pour un souper de trois heures avec ma chaise haute portative, les ustensiles de petite taille pour mon fils, son gobelet, son biberon, son linge de rechange, son lait… Son parc au cas, on ne sait jamais et tous les autres trucs et cossins que je n’ai pas envie d’énumérer. On va se le dire, partir avec son enfant, même à trois rues de chez toi, c’est un vrai débarquement de Normandie.

Non, je n’ai pas envie de passer chez toi pour une soirée entre amis. Même si tout le monde est plein de bonnes intentions, personne ne va vraiment surveiller mon fils. Au bout de quatre minutes, je devrai lui accorder toute mon attention alors que vous mangerez une bouchée. Je devrai aller changer sa couche alors que vous prendrez un verre. Je devrai aller lui sortir un quatorzième jouet pendant que vous porterez un toast. Je devrai le tenir dans mes bras parce qu’il n’est pas à l’aise avec tout ce bruit et ces gens.

Non, je n’ai pas envie de venir avec mon fils ce soir. Ta maison, bien que très jolie, n’est pas babyproof.

Je sais que c’est décevant de ma part, mais on va se le dire : je n’aurai aucun plaisir. Mon attention sera à cent pour cent pour mon mini et je ne pourrai pas profiter de la soirée. Je ne pourrai pas être attentive aux histoires que tu vas raconter, je ne pourrai pas être disponible mentalement pour écouter les dernières nouvelles à ton sujet.

J’aime ma nouvelle vie, ma vie de maman. J’essaie très fort d’être encore une bonne amie, une bonne sœur, une bonne femme en dehors de mon rôle de maman, mais ce n’est pas toujours facile. Je sais que je ne suis pas la meilleure dans mes autres rôles présentement, mais je peux te promettre par contre que lorsque mon mini aura grandi, qu’il sera capable de trimbaler lui-même son sac et qu’il sera capable de s’occuper par lui-même plus de quatre minutes et demie, je serai celle qui se déplace. Celle qui va chez toi. Mais pour l’instant… Ben oui, je dis non!

(Je ne dis pas toujours non, je t’assure, mais… souvent!)